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Assassinat de Jovenel Moise : « Nous avons été trompés, piégés et arnaqués », les révélations fracassantes de cinq Colombiens à CNN

Cinq des 26 colombiens appréhendés par la police nationale d’Haïti et présentés comme auteurs dans l’assassinat de Jovenel Moise affirment avoir été « trompés, piégés et arnaqués » par leurs commanditaires dans une interview exclusive accordée au prestigieux journal américain CNN. Dans la foulée, ces présumés assassins écroués au pénitencier national ne cessent de clamer leur innocence.

 

Après plusieurs mois de négociation avec le gouvernement haitien, le journal américain CNN avait finalement eu accès au pénitencier national pour interviewer certains Colombiens présentés par la police nationale d’Haïti comme les principaux auteurs de l’assassinat de Jovenel Moise en juillet dernier.

Ces détenus en short, t-shirt et sandales de style croco bleu foncé avaient l’air maigre et en mauvaise santé, rapporte le CNN. Ils ont choisi de parler avec le média américain sous le couvert de l’anonymat, craignant pour leur propre sécurité et celle de leur famille.

 

« Nous étions des idiots utiles pour quelqu’un d’autre », a lancé d’entrée de jeu, l’un des hommes interviewés par CNN. « Mais nous n’avons pas commis ce crime ». confie ce détenu qui n’est toujours pas formellement inculpé au même titre que les autres détenus dans le cadre de cette affaire.

 

Les cinq hommes ont déclaré être arrivés en Haïti en juin, environ un mois avant l’assassinat de Jovenel Moise. Tous d’anciens soldats colombiens, ils ont déclaré à CNN qu’ils avaient été embauchés comme sécurité privée par une société appelée CTU.

Ils ont eu la promesse de recevoir une rémunération entre 2 700 et 3 000 $ par mois, ils ont accepté le travail. « Ils n’ont jamais été payés un centime », relate CNN. « On nous a dit que nous allions assurer la sécurité d’un candidat à la présidentielle haïtienne », a déclaré l’un des hommes. « Nous n’avions aucune idée de ce qui allait se passer. »

Le journal américain a demandé à plusieurs reprises aux Colombiens de révéler les dessous de ce qui s’est passé pendant l’assassinat, qui était derrière, quelle était leur implication individuelle et ce qu’ils ont fait dans les heures qui ont suivi ce meurtre. Mais, ils ont préféré clamer leur innocence en lieu et place d’entrer dans les détails. Ils ont évoqué des raisons comme quoi ils n’ont pas de représentation légale et qu’ils craignent pour leur vie.

« Nous sommes coincés dans cette prison », a déclaré un homme. « Nous devons rester ici. Je vais crier tout ce que je sais quand je pourrai partir d’ici, mais tant que nous sommes ici, nous sommes terrifiés par les représailles. »

 

Les Colombiens interviewés affirment avoir été battus à plusieurs reprises depuis leur arrestation. L’un des Colombiens, selon le journal CNN, a été poignardé à plusieurs reprises par la police haïtienne tandis que plusieurs autres ont reçu un coup de pistolet sur la tête, ont-ils déclaré. De plus, ils ont déclaré d’avoir été transférés au pénitencier national, ils avaient été détenus dans un lieu tenu secret pendant plus de trois semaines. « Ils nous ont détenus ailleurs pendant 25 jours, menottés par paires. Nous sommes allés aux toilettes par terre », a déclaré un prisonnier.

Pour ces Colombiens, « les vraies personnes responsables de cela sont à l’extérieur de la prison ». « Nous sommes coincés ici. Nous avons été trompés, piégés et arnaqués », a déclaré un Colombien.

Sollicitée par CNN, la police nationale d’Haïti n’a pas voulu répondre à CNN.

Interrogé sur les allégations de torture en garde à vue, un membre du gouvernement a déclaré que le gouvernement « n’avait rien à cacher » soulignant que CNN avait « la pleine permission de rendre visite aux Colombiens ».

 

Les Colombiens interviewés par le journal américain affirment avoir été forcés de signer des documents officiels à leur nom. Ce que le membre du gouvernement haïtien cité par le CNN a démenti.  « Sur la base d’informations crédibles, des traducteurs leur ont été fournis afin qu’ils sachent quoi signer ou non », a-t-il déclaré.

 

Peu de nourriture, pas de représentation légale

 

Au pénitencier national, les conditions sont horribles, avec plusieurs hommes entassés dans une seule cellule, confie CNN. « Nos vies ne valent rien ici », a signalé l’un des prisonniers colombiens au journal.

Ils disent qu’ils reçoivent une assiette de riz par jour, ou parfois du maïs. Chacun dit avoir perdu plus de 30 livres. Certains perdent sensiblement leurs cheveux en laissant des touffes inégales sur la tête, signe clair de malnutrition. « C’est inhumain ce qui nous arrive ici », a déclaré l’un des hommes, en larmes.

Plus de cinq mois après l’assassinat, aucun des hommes n’a de représentation légale, une condition préalable pour que leurs témoignages soient entendus par un juge. Ils disent que le système judiciaire haïtien ne leur a offert que des avocats juniors avec lesquels ils ne pouvaient pas communiquer. « Ils m’ont envoyé un avocat…qui ne parlait pas espagnol », a déclaré l’un des hommes. « Je ne vais pas faire confiance à ma vie avec lui. »

 

Selon une personne proche du dossier, les avocats prévus pour représenter les hommes n’étaient pas des étudiants, mais plutôt des apprentis.

 

Les hommes avaient espéré que le gouvernement colombien leur fournirait une assistance juridique, mais cela ne s’est pas produit jusqu’à présent.

 

Les prisonniers ont conclu la conversation d’une heure avec CNN par un message à la communauté internationale demandant de leur accorder la présomption d’innocence. « La meilleure chose qui puisse arriver est que cela soit porté devant un tribunal international. Quand je serai hors de ce pays, je dirai au monde tout ce que je sais », lâche un Colombien

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